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En Europe, seules les mosquées suscitent des conflits

http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Stefano-Allievi-En-Europe-seules-les-mosquees-suscitent-des-conflits-_NG_-2009-11-29-569506

Stefano Allievi : « En Europe, seules les mosquées suscitent des conflits »

Le sociologue italien Stefano Allievi a, professeur à l’université de Padoue, a supervisé une enquête, encore inédite, sur les constructions de mosquées en Europe et les oppositions que cela provoque

La Croix : La votation en Suisse, ce dimanche, visant à interdire les minarets est-elle un cas unique en Europe ?

Stefano Allievi : Non, c’est une idée qui vient de l’Autriche, où l’interdiction est déjà entrée en vigueur dans deux régions (Carinthie et Vorarlberg). Dans ce pays, comme pour les promoteurs du référendum suisse, l’interdiction de minarets repose sur des arguments de type urbanistique. Cela permet, sur un plan législatif, de ne pas s’attaquer directement aux libertés publiques.

Mais en réalité, l’argument urbanistique masque le véritable enjeu, de nature culturelle ou religieuse : on ne rencontre pas les mêmes réserves à l’encontre d’une tour de centre commercial ou un multiplex de cinéma ! L’interdiction des minarets va bien, selon moi, contre le respect de liberté religieuse.

Vous venez justement de rendre une étude européenne sur la construction des mosquées en Europe. Comment se comporte notre continent ?

Le premier résultat intéressant, et auquel à vrai dire je ne m’attendais pas, c’est que, d’un point de vue statistique, il n’y a pas de problème de liberté religieuse en Europe pour les musulmans. En effet, nous avons recensé toutes les salles de prières et mosquées. Sur une population de 18 millions de musulmans pour toute l’Europe, le nombre de lieux de prière est satisfaisant, avec une salle pour 2 000 musulmans. Mais qualitativement, de nombreuses salles de prière restent non satisfaisantes.

L’affaire suisse révèle qu’il y a encore beaucoup d’obstacles pour ces lieux de culte. Cette hostilité est-elle générale à l’Europe ?

Les constructions de mosquées continuent de susciter beaucoup de conflits. Il est à noter qu’aucun autre lieu de culte, temple sikh, lieux de culte pentecôtiste, ne provoque ces oppositions. Sur les trente dernières années, seul l’islam rencontre ce problème. Nous avons examiné les arguments opposés aux constructions, il ne s’agit que rarement de points précis tenant aux modalités du lieu, au voisinage (problèmes de parkings, d’affluence), mais plutôt des arguments généraux, c’est-à-dire idéologiques.

Y a-t-il des différences entre pays ?

Non, cela dépend des régions. En France, par exemple, toutes les situations coexistent : parfois, le projet de mosquée bénéficie d’un degré d’implication des pouvoirs publics (nationaux ou locaux) qui n’est pas imaginable dans les autres pays, pourtant moins à cheval sur la laïcité. Mais on peut rencontrer aussi des situations conflictuelles dures.

De même, aux Pays Bas, il est difficile de voir aboutir un projet de mosquée à Utrecht, mais non à Rotterdam. Cependant, d’une manière plus générale, les conflits sont moins importants dans les pays où les musulmans sont représentés dans des institutions, comme la Grande-Bretagne et la France.

Comment naissent les conflits autour de mosquées ?

Au plan local, pour un projet urbanistique, le conflit permet d’exprimer des intérêts divergents. Mais si l’on examine les situations de plus près, on s’aperçoit que ces conflits dérivent lorsque ce que j’appelle des « entrepreneurs politiques de l’islamophobie » s’en mêlent, car ils n’ont aucun intérêt à résoudre le conflit, qui connaît alors une évolution pathologique. D’autant plus qu’ils sont rapidement court-circuités par les médias, qui s’en emparent – l’islam se vend bien ! – et le hissent au niveau national.

Quel est le mauvais élève ?

L’Italie, le pays où l’on trouve le moins de mosquées. Sans doute parce que, sur la péninsule, ces « entrepreneurs politiques de l’islamophobie » contrôlent le ministère de l’intérieur : la Ligue du Nord a toujours considéré l’islam comme dangereux, et dans les régions où elle domine, Vénétie, Lombardie, les constructions de mosquées sont quasi impossibles.

Qui finance les mosquées européennes ?

Pour la majeure partie, les immigrés eux-mêmes par leurs contributions. Les grands centres islamiques sont financés par l’Arabie saoudite, par l’intermédiaire de la Ligue islamique. Cela soulève la question de la réciprocité, car il est impossible de construire des églises dans ce pays.

Recueilli par Isabelle de GAULMYN

Allievi S. (2009), « En Europe, seules les mosquées suscitent des conflits », in “La Croix”, 29 novembre 2009, intervista di Isabelle de Gaulmyn

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